Pourquoi je n'écrirai plus

Chers lecteurs, je vous le dis : vous ne me lirez plus.

 

Du moins mes livres. La réalisation et surtout la commercialisation de mon premier roman Webopathe m'ont bien trop refroidie, et même dégoûtée je vous dirais. Et je ne suis pas assez bête pour continuer. C'est que je dois vous raconter ce que cela veut dire, écrire un livre. Écrire un livre - un premier livre en tout cas, puisque vous ne vivez pas encore de ça (et que cela ne risque pas d'arriver, puisque lisez donc ce qui va suivre), écrire un livre donc, cela signifie rentrer tous les soirs de votre travail (à plein temps pour moi à l'époque), manger un petit truc rapidos parce qu'il faut bien se nourrir mais que l'envie de déposer cette idée qui a mûri dans le bus du retour au plus vite dans votre document Word est plus forte que tout, annuler bien sûr le petit verre entre amis que vous aviez prévu d'aller boire, tirer un trait sur le week-end par-ci ou par-là, retarder la promenade du soir de votre chien jusque tard dans la nuit parfois (et ignorer ses petits yeux humides qui vous supplient de vous dépêcher), écrire un livre donc, c'est une activité prioritaire et ô combien prenante.

 

Mais que voulez-vous, quand l'envie de créer est là, vous ne pouvez pas vous en empêcher. Mais au final vous y passez une année entière. C'est du moins le temps qu'il m'a fallu pour écrire le Webopathe. Ce qui fait, si l'on compte 2h d'écriture par jour en moyenne pendant 12 mois pas moins de 720 heures de travail, pour finir par être publiée par une maison d'édition si extraordinaire que finalement je me dis que j'aurais mieux fait de rester couchée le jour où on m'a conseillé d'envoyer mon manuscrit là-bas, car celle-ci n'a rien fait d'autre que de me faire renoncer au nom d'auteur que je m'étais choisi (et oui, on vend plus avec son propre nom, surtout lorsque zéro communication n'est effectuée de la part de ladite maison d'édition et que les seules ventes générées sont celles issues de votre propre travail), mettre en page vite fait le bouquin (sans en corriger pour autant les fautes d'orthographe), trouver un imprimeur pas trop cher pour la version papier de la chose, coller un numéro ISBN sur le tout, et basta, direction les archives avec le livre, qui ne les intéresse déjà plus, sauf à vous en vendre à vous, pauvre auteur, quelques cartons pour se faire un peu de pognon.

 

Dans mon cas, ceux qui me suivent le sauront, j'ai la chance de travailler dans le web et de bénéficier de ce fait d'un petit réseau de personnes sur internet. Rien de bien faramineux, mais quand même, toujours plus qu'un individu qui n'en aurait rien à cirer du web. J'ai donc mis le lien vers la page Amazon de mon livre un peu partout sur mes différents profils sociaux (Twitter, Facebook, LinkedIn, etc.), j'ai même créé une page Facebook pour le livre (je me demande encore pourquoi d'ailleurs), et régulièrement, j'ai twitté des trucs sur la question (au début du moins, car après quelques mois, on comprend vite qu'on est en train de se faire avoir), partagé quelques machins sur Facebook. J'ai aussi signé le bouquin une après-midi dans une grande surface (l'après-midi la plus longue et la plus pénible de ma vie après mon accouchement, d'ailleurs je me suis taillée à 16h si je me souviens bien, tellement voir les gogos du samedi après-midi passer devant mon stand osant à peine poser leurs yeux sur moi de peur que je leur saute dessus pour leur vendre mon truc m'a gonflée), j'ai aussi eu la chance d'être mise à l'honneur lors d'une soirée culturelle organisée en collaboration avec l'Institut Français de Hambourg, ce qui m'a permis de vendre quelques uns des exemplaires que j'avais achetés.

 

Bref, il y a les bouquins que j'ai achetés et revendus directement autour de moi (150 à peu près si je me souviens bien), et puis il y a les autres... Or c'est là que se situe le clou de mon histoire : après plus de 14 mois d'"entente" avec cette fabuleuse maison d'édition, j'apprends, en me connectant sur mon "espace client" que grâce à mes diverses actions de communication sur les réseaux sociaux, 47 livres papier ont été vendus (23,99 € pièce, excusez du peu !) et 19 versions PDF de la chose (ou "e-book" si vous préférez) pour 7,90 € pièce.

 

Et bien devinez ce que ces 66 exemplaires vendus m'ont rapporté en terme de droits d'auteur ? => 25,95 € ! Oui, vous avez bien lu 25,95 €, ce qui fait grosso modo 0,39 cents par livre vendu. (À 23,99 € pièce la version papier donc, je vous laisse calculer la marge que la maison d'édition se fait sur mon livre (et sur MON travail de com'), sachant que sa production ne doit pas coûter plus de 5 € pièce. Et encore je compte large).

 

Moralité : je me dis que voilà, j'aurais été écrivain une fois dans ma vie, mais flûte, ça me suffit. Vous ne lirez donc plus jamais un roman de moi. N'en déplaise à cette merveilleuse maison d'édition qui m'a fait signer un contrat hilarant me liant à elle Ad vitam Eternam, mes descendants baignant dans la même sauce, et m'obligeant quoi qu'il arrive à lui refiler tout nouveau manuscrit que j'écrirais. Haha ! Mais bien sûr.

Je vais continuer à écrire oui, certainement, puisque je ne peux pas m'en empêcher, mais PLUS JAMAIS CHERCHER À ME FAIRE PUBLIER ! Mon orgueil m'aura eue une fois mais pas deux. Merci.